Cela pourrait être n'importe quel chemin. Il se trouve que celui-ci se trouve non loin de l'Adour, sur la commune de Renung.
De beaux arbres créent une ombre profonde. Des Saules bien sûr, ils ont donné le nom à cette forêt riveraine du fleuve, les Saligues, que le naturaliste qualifie de ripisylve.
Nous sommes fin mai et sous le soleil de Gascogne, il fait bien chaud.
Il est proche de midi, mon ventre, bien que bien nourri en ce pays gourmand songe déjà à son prochain repas.
Soleil et ombre forment un paysage qui se dessine en clair-obscur, réveillant de vieux souvenirs d'enfance, lorsque je découvris cette façon de peindre.
C'était en classe, les rideaux sombres étaient tirés. Je m'étais tourné et mon regard c'était porté sur ma voisine. Un rayon de soleil illuminait sa belle chevelure blonde. Le contraste était saisissant.
Je compris instantanément la splendeur d'un clair-obscur et que ma vie n'aurait de sens qu'au contact des femmes.
Pour l'heure, je marche seul, sans témoin, sans personne, que mes pas qui résonnent... sur mon chemin, un cahier à la main, un appareil photo pendu autour du cou dans l'espoir de quelques observations naturalistes.
De part et d'autres du chemin, deux haies de broussailles. Les insectes bourdonnent autour de mes oreilles. Loin devant, un lapin surpris fait quelques bonds et s'enfuit sur ma droite.
Je m'arrête et j'observe. Dans ce monde agité on ne prend plus le temps de s'arrêter. Ce qui constitue un défaut qui peut passer inaperçu chez tout un chacun peut s'apparenter à une faute professionnelle chez le naturaliste. Arrêtons nous donc.
Les haies sont ici essentiellement constituées de ronces.
Leurs épines sont redoutables, et leurs fruits délicieux. Depuis mon enfance, et pour les avoir côtoyées de trop près, je garde un souvenir méfiant de ces plantes.
Si vous regardez bien, vous verrez qu'on a beau les tailler, il y a toujours une branche qui s'échappe et semble tendre vers vous des tentacules. Elles expriment notre peur de la nature plus forte que nous, celle qui recouvre, celle qui nous prive de la terre que nous croyons nôtre. Cette nature que l'on retrouve dans les contes avec des loups, des lutins, des sorcières et des enfants perdus. Ces arbres qui attrapent Blanche neige lors de sa fuite.
Nos ronces ressemblent à des roses mal fichues. Elles ont beaucoup d'étamines et peu de pétales. Leurs fleurs sont de surcroit petites, d'un rose clair tirant parfois vers le blanc.
Elles abritent en leur sein toutes sortes de vies, formulation désuète. Nous dirions aujourd'hui qu'elles abritent une grande biodiversité. Ne nous y trompons pas, dans ce domaine, elles sont de véritables héroïnes. Et le naturaliste véritable ne considérera pas perdre son temps à examiner des mouches voler autour des ronces.
Jean-Henri Fabre évoque ses observations dans ses souvenirs entomologiques et dénombre une trentaine d'espèces d'insectes habitant la ronce autour de son habitation.
A l'heure où les gouvernements décident de stratégies pour le maintient de la biodiversité, ces mal aimées pourrait regagner leurs lettres de noblesses. L'économiste pourra toujours calculer la valeur des services qu'elles nous rendent. Retenons en quelques uns.
Elles sont mellifères et se contentent de peu pour pousser. Par ailleurs, peut valorisées à ce jour, on n'y déverse ni engrais, ni pesticides. L'enfant y trouve la source de son goûter, la cueillette pour faire plaisir à leur mère. À celles qui doutent et protègent leurs enfants des méchantes griffures que les ronces peuvent provoquer je répondrais ceci : que serait une éducation qui de la vie ne vous confronte jamais à ses épines ?