lundi 29 novembre 2010
Parcours botanique de Villenave (40)
mercredi 3 novembre 2010
Week-end Vercors
J’ai laissé le temps d’un week-end prolongé ma pignada, mes canards et mes palombes. J’ai remonté la Garonne et son canal latéral, longé l’Alaric et la montagne noire, passé le Rhône pour remonter sa vallée… Ainsi débute l’Odyssée 2010 du Vercors que je fis pour un séjour naturaliste avec les adhérents de l’Euzière.
Il s’agit certes d’un biotope inhabituel pour rencontrer les Ecologistes du week-end, qu’ils soient par ailleurs « bartasseurs » du mardi soir, botanistes du jeudi ou simples amateurs des sorties « salades ». L’altitude est assez élevée et la latitude au-delà des limites septentrionales observées à ce jour.
Faut-il y voir un effet avancé du réchauffement climatique qu’il soit dû ou non aux émissions anthropiques de gaz à effet de serre (pour ceux qui ne nous ont pas encore rejoints vous pouvez emprunter le corridor écologique « Gorges de la Bourne ») ou l’envie de célébrer à notre manière l’année de la biodiversité ? On penchera plutôt pour la deuxième hypothèse dès lors que dans les objectifs annoncés il y avait « voir des choses qu’on n’a pas l’habitude de voir ».
Toujours est-il que nous étions nombreux à avoir répondu présent à l’appel, faisant ainsi preuve de patriotisme en ce dix-huit juin.
Un programme chargé nous attend : promenades floristiques, leçons de déterminations et soirées diapos.
La promenade floristique tout d’abord. Cet exercice que nous avons pratiqué sur les hauteurs de Grenoble, sous le regard attendri et amusé des trois pucelles, sur une route haut perchée vers la Molière, dans le vallon de la Fauge ou sur un chemin au pied de la falaise qui domine Choranche consiste à se rendre dans un lieu fleuri et à passer un moment le nez dans les herbes. On y fait marcher la tête et les jambes, on y latinise tant et si bien qu’il est étonnant en cette période de l’année de ne compter dans nos rangs aucun candidat au baccalauréat.
Ces promenades fournissent la matière première pour la leçon de détermination, au cours de laquelle nous devons donner un nom à chaque plante ramenée. Pour cela l’utilisation d’une flore est indispensable. Ici plusieurs chapelles : quelques stars (Bonnier, Coste), des flores locales sur zones administratives (Isère, PNR du Vercors, Suisse), ou sur un milieu naturel spécifique (zones de montagnes, Alpes).
Certaines sont agrémentées de dessins ou de photographies et fonctionnent par la couleur, elles nous rendent la botanique aimable. D’autres questionnent la plante par la méthode dichotomique et tendent à faire de la détermination un exercice exact. C’est finalement sur la flore de Coste que nous avons travaillé, car la Bonnier « c’est pour les débutants ».
Le « Maître » lit ou fait lire, s’assure que le vocabulaire est compris et nous laisse choisir parmi les propositions celle qui correspond le mieux. Il faut alors, la plante sous la loupe, examiner un réceptacle à la recherche d’écailles ou de soies, vérifier la présence de poils glanduleux, ou dénombrer les sépales.
Parfois on tombe à côté, il faut revoir la chose. C’est alors qu’on trouve le sépale manquant. Celui-ci plus petit nous échappa lors du premier examen, ce qui a le don d’amuser le grand débutant qui, aidé par sa flore en couleurs, est tombé directement sur la bonne réponse, et ces dames qui, je ne saurais dire pourquoi, s’extasient d’autant plus sur les excroissances végétales qu’elles sont minuscules, et observées au moyen d’une loupe au grossissement élevé.
Les listes sont ainsi peu à peu constituées en notant soigneusement le lieu et la date, pendant que les plantes sont mises sous presse afin de les faire sécher et mieux les conserver en vue d’un examen ultérieur. Je ne vous apprends rien, c’est ainsi que procèdent les botanistes en herbe.
En voici un extrait :
Saint Nizier – 18 juin
Ophrys fuciflora
Ophrys insectifera
Lilium martagon
Autran – 19 juin
Viola biflora
Gentiana acaulis = kochiana
Centaurea montana
Nigritella nigra
Fauge – 20 juin
Trollius europaeus
Pinguicula grandiflora
Geum rivale
Mais assez de latin, nunc est bibendum !
C’est qu’avant la projection de diapos, nous prenons un peu de forces par un repas bien mérité. Les plats typiques de la région (la traditionnelle raclette ou le célèbre couscous du Vercors) sont préparés par notre hôtesse. Celle-ci se montre au fil des jours accorte, nous présente fièrement ses pavots et ses lupins et nous fournit ponche, vin et abricots à l’alcool. Faut-il voir en cette nourriture un lien de cause à effet expliquant que nous avons tendance à faire nos herborisations en zigzag à moins qu’il ne s’agisse d’une marque de reconnaissance envers un de nos illustres ? Je ne sais, il y a là un pas titubant que je ne saurais franchir seul et les lignes manquent pour disserter en détail sur ce thème.
Que ces dernières soient plutôt utilisées, s’il m’est permis, pour exprimer la reconnaissance de tout le groupe envers nos organisatrices Françoise et Louise qui surent faire que ce week-end, malgré un temps légèrement humide et plutôt frisquet, soit une réussite.
Toute Odyssée suppose un retour, Pénélope détricotant la nuit son ouvrage du jour trompe l’ennui et les prétendants. Il n’empêche, elle attend son héros. Chacun de nous ressent le désir de retrouver son chez soi et sa famille, il est temps de nous séparer tout en nous promettant de revenir herboriser la Citadelle de calcaire, quelque part au pays des Quatre-Montagnes.
Qu’il est agréable de me remémorer ce séjour à mesure que je rédige ce compte rendu, ayant retrouvé mon environnement familier : ma pignada, mes canards et mes palombes.
Olivier Wotan